Apprendre à finir
Choisir un contenu et aller jusqu’au bout. Une vidéo, un article, un morceau. Réapprendre la notion de fin.
Trop d’images. Trop d’émotions. Rien ne reste.
Le cerveau s’épuise, l’attention se fragmente, l’imaginaire se ferme.
Act I

Aujourd’hui, en l’espace d’une seule minute, tu peux voir énormément de choses.
Une vidéo tragique. Une vidéo drôle. Une vidéo de guerre. Une vidéo générée par IA. Une danse. Un message motivant.
Tout s’enchaîne sans pause, sans contexte, sans hiérarchie.
Et au final, cette minute n’a souvent servi à rien d’autre qu’à être consommée.
Le cerveau humain n’est pas conçu pour ingurgiter autant d’informations, d’émotions et de stimuli en si peu de temps.
Chaque vidéo déclenche une micro-réaction : surprise, tristesse, rire, colère, envie.
Mais avant même que tu puisses assimiler quelque chose, le contenu suivant arrive déjà.
Rien n’a le temps de s’imprimer. Tout glisse.
Le scroll fonctionne comme une machine à promesses : « la prochaine sera peut-être meilleure ».
Ton cerveau libère de la dopamine à chaque nouveauté.
Mais plus tu consommes, plus le seuil monte.
Résultat : ce qui te faisait plaisir avant devient fade, insuffisant, trop lent.
“Ce n’est pas le contenu qui te manque. C’est la capacité à en profiter.”

L’imagination, remplacée par un flux constant d’images toutes faites.
L’attention profonde, nécessaire pour créer, lire, réfléchir ou simplement être présent.
La capacité à apprécier les choses simples, qui paraissent maintenant « pas assez ».

Choisir un contenu et aller jusqu’au bout. Une vidéo, un article, un morceau. Réapprendre la notion de fin.
Rendre l’accès au scroll moins automatique : retirer l’appli de l’accueil, se déconnecter, compliquer légèrement le geste.
Marcher sans écouteurs, faire la vaisselle sans vidéo, s’ennuyer volontairement.
Bouger, respirer, ressentir le froid, la chaleur, l’effort. Le corps recale ce que l’écran dérègle.
Un rituel simple : musique, lumière basse, silence. Pas pour être productif, juste pour être là.
Après des heures de scroll, le monde réel peut sembler fade, lent, insuffisant.
Et ce n’est pas seulement une question de contenu.
C’est aussi le décor dans lequel on vit qui commence à peser sur l’âme.
Act III